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Les fermes de Forêt Noire

Ici tout va ensemble : les maisons et le paysage, la forme et la fonction, le style de construction et les matériaux : A la forêt les fermes prennent le bois dont elles sont construites. Des poutres des fondations aux toits de bardeaux, aux plafonds et aux murs faits de rondins de bois brut et de planches.

Brunies par le soleil, les fermes se blottissent sous leur immense toit le long des pentes. La pente donne accès, par l’entrée haute, directement à la grange. Celle-ci est située au-dessus du grenier à foin, lequel est placé au-dessus de l’étable. Solution à la fois intelligente et pratique : le fourrage est mis d’en haut dans l’étable, ce qui économise les forces, tandis que la couche de foin constitue une isolation du plafond de l’étable. Sous le toit pentu portant un auvent en façade, les hommes, le bétail et les réserves trouvent tous leur place. La partie habitation est généralement tournée vers la vallée, vers le soleil qui se reflète dans les fenêtres. C’est ce qui explique que de nombreux habitants de Forêt Noire s’appellent « Spiegelhalder » (Spiegel = miroir).

La vie n’était pas confortable sous le vieux toit unique de la maison de Forêt Noire. Il n’y avait d’eau courante qu’à la fontaine devant la porte, pour les habitants et pour les animaux, pour laver et cuisiner, boire et donner à boire aux bêtes.

La fermière devait travailler dans la cuisine couverte de suie brillante avec peu de lumière et beaucoup de fumée. On voyait que sans cheminée, la fumée sortait à travers les poutres. On sentait aussi que l’étable n’était pas loin de la pièce à vivre, séparée seulement par le couloir, la « manche de la maison », de la partie d’habitation.

En 1922, Hemingway notait en s’en moquant que dans le jardin de son auberge en Forêt Noire il voyait les poules gratter la terre et le tas de fumier qui fumait devant la fenêtre.

Ce sont là des souvenirs du passé car les fermes ont depuis longtemps été modernisées, elles possèdent une installation de déblaiement du fumier et des cuisines intégrées, et beaucoup disposent de coquettes locations pour accueillir les amateurs de vacances à la ferme.

La salle est le centre de la maison, de la ferme et de la famille. Avec son plafond bas en bois, ses murs lambrissés, son poêle en faïence – ce qu’on appelle la « Kunst », un banc de pierre chauffé par le foyer – la ferme de Forêt Noire a conservé son caractère chaleureux et accueillant. Dans l’angle de la fenêtre en face du poêle de faïence se trouve le coin dédié au Seigneur, centre religieux et expression d’une piété de longue tradition. Au mur sont accrochées des images de saints. En Forêt Noire, on vénère surtout les saints patrons protégeant des épidémies touchant le bétail et des dangers d’incendie, par exemple St Sébastien, St Florian ou Ste Agathe. Les chapelles sont souvent dédiées à St Wendelin, saint patron des bergers et des troupeaux. D’autres le sont au saint protecteur des porcs, St Antoine, le « Sautoni » comme on l’appelle ici. Comme on le voit, les gens de Forêt Noire peuvent être pieux, mais ils ne sont jamais bigots.

Les noms que portent les fermes rappellent encore le passé. Pour la famille au sens large, la ferme était « le pays ». Le droit de succession permettait la conservation de l’unité d’exploitation : le plus jeune recevait l’ensemble du domaine, les frères et sœurs une compensation ou bien ils pouvaient entrer au service de leur frère, le jeune fermier, en tant que valet ou servante. Les parents allaient dans la partie réservée aux anciens de la famille, le « Libdig ». Le mode d’exploitation et la forme du paysage, le droit de succession et les structures établies ont permis ainsi de maintenir en l’état la ferme typique de Forêt Noire, ferme isolée dans un habitat dispersé. Les noms des fermes sont généralement restés non modifiés, même si le propriétaire venait à changer.
Chaque ferme a son individualité. Et les fermiers de la Forêt passent eux aussi pour être indépendants, et parfois même obstinés. Les formes des fermes varient selon les régions. Elles sont toutes visibles, extérieur et intérieur, à l’écomusée de Forêt Noire « Vogtsbauernhof » de Gutach.

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